Dans cette contribution  qui  se veut  modeste  mon propos est de rendre compte des conditions  et la logique de déploiement issue de multiples migrations des rifains comme un fait géopolitique,  et d’aborder  plus spécifiquement le rôle de la diaspora rifaine en France dans le développement du RIF. Cet article se veut synthétique, ayant pour  but l’appropriation et la compréhension de l’expérience migratoire rifaine.


Plan

  • Diaspora et flux migratoire
  • Les rifains : une tradition migratoire
  • Les RIFAINS en France
  • Un rapport « distancié » de la diaspora  vis-à-vis du RIF
  • Une diaspora qualifiée mais moins organisée
  • Comment  alors valoriser le potentiel de la diaspora en faveur du développement ?
  • Pistes de réflexion
  • Conclusion

Diaspora et flux migratoire

La “diaspora” renvoie communément à l’idée d’une population plus vaste qui entretient une forme d’attachement spécifique au RIF, des migrants enfants ou petits-enfants de migrants rifains, détenteurs de  la nationalité ou simplement de la citoyenneté du pays de leur résidence,  participant ou non à la vie de la communauté hors de ses frontières

La connaissance  fine du flux  migratoire et celui du profil du migrant rifain en France requière une base de données statistique qui sont rudimentaires en le cas d’espèce, voire inexistante à nos jours. A ma connaissance les études abordant ce sujet sont rares ou intégrés dans la perspective marocaine ou encore pas disponibles du tout, elles auraient pu nous permettre une connaissance des principales caractéristiques des populations immigrées en France d’origine rifaine, de leurs enfants et petits enfants, mesurer les tendance lourdes, connaitre le niveau d’éducation, la qualification, l’expérience professionnelle le niveau d’instruction et leur insertion professionnelle, afin de tirer les leçons de ces évolutions sur la mobilité et la mobilisation des compétences expatriées rifaines en faveur du RIF. Le profil de cette immigration est difficile à cerner, ceci dit cette contribution se veut une  ébauche de réflexion, et les données compilées ici e et sur lesquels s’appuie cette contribution sont issues de l’observation sociologique, les interviews et l’étude de documents.

Les rifains : une tradition migratoire

Il est important de comprendre les conditions historiques de l’émigration rifaine. Le  RIF, de par son histoire et sa culture, est caractérisé par la grande mobilité de sa population. La migration rifaine s’inscrit dans un processus migratoire amorcé il y a plusieurs siècles, depuis le XVIIeme siècle en l’occurence. A l’époque une armée rifaine fut formée pour  libérer  certaines villes (Mehdia, Tanger, Azilah, Larache, Taroudant)  sous l’autorité  du  sultan alaouite d’alors Ismaël, dès  cette période, ces villes ont été peuplées par les RIFAINS, à la recherche de terres plus fertiles. Le XIX ème siècle fut un tournant pour le flux migratoire rifain, l’immigration se fait vers des villes comme Tanger, Larache  et Titawin. Le contact  avec l’étranger,  passe par  le contact  avec les espagnols  à la ville de Melilla  et  les français  par leur migration vers l’Algérie qui au départ fut une émigration saisonnière  et plus  tard elle est devenue annuelle et pluriannuelle.

Le RIF est une région qui a une tradition migratoire importante. Cette migration est internationale qui a   pour but  la recherche du travail et motivée par le problème de surpopulation (Fernando Benedicto Pérez, AZIZA) et les conditions de vie dures du RIF en relation avec les  insuffisances de ressources.


Le RIF est constitué d’une population de paysans sédentaires que leur nombre a contraint à l’émigration et qui, aujourd’hui, vivent bien plus de ressources extérieures que des ressources locales.  Jacques Ladreit signale que l’émigration c’est l’exportation de la seule richesse que les Rifains aient en abondance : leurs bras. Ce fut vers l’Algérie et ensuite vers l’Europe dans les années soixante. R. Bossard affirme que les migrations de travail paraissent, depuis 100 à 150 ans au moins indissociables de l’histoire des populations du Rif oriental et de leur évolution économique.  

On ne peut pas mesurer de façon précise l’ampleur de cette émigration. Les auteurs de la fin XIXe siècle  ont évalué le nombre d’émigrants entre 30.000 et 35.000. En 1904, la Société Royale de Géographie de Madrid l’estimait entre 40.000 et 50.000. Les statistiques algériennes de 1911 les estimaient à 19.442. En outre, les contraintes géographiques, écologiques, économiques et  sociales aussi sont à la base de la grande mobilité des populations rifaines.

Dans les années 1960- 70 , l’émigration a eu pour  motivation  un  facteur politique, on prête à Hassan II  le fait d’avoir fait exprès de favoriser l’émigration des rifains vers l’étranger, Allemagne, Pays  Bas, Espagne  etc… pour se soulager de la pression à laquelle il était  soumis par la régions  ( 1958-59 , les deux coups d’Etat de 1971, 1972,  l984) Les rifains se révoltèrent plusieurs fois, contre le joug du makhzen c’est un peuple qui se sent persécuté. Le makhzen n’a pour les  rifains que sarcasmes et rancunes ; ils sont attachés à leur nationalité, leur particularisme de mœurs et d’idées qui les tenait à l’écart de la société environnante marocaine.

Les RIFAINS en France

Il n’est pas aisé de réaliser une cartographie dynamique de la diffusion de diaspora rifaine. Les rifains sont  dispersés géographiquement   à travers toute la France, établis dans les grandes métropole de l’hexagone  au gré des opportunités  économique qui se combinent bien sûr avec les conditions géopolitiques ( Ile de France, Lille, Marseille, Avignon , Montpellier,   Montpellier strasbourg  Lyon  et d’autres villes encore..) Leur situation sociale est très diversifiée. Certains ont un passeport français, et sont d’origine rifaine, les autres ont un passeport  marocain Ils viennent de toutes  les régions du RIF selon qu’ils sont de la première ou de la deuxième vague d’immigration.

Comme  toute communauté diasporique, plusieurs phénomènes et dynamiques traverse la diaspora rifaine, mais on peut remarquer que cette dernière joue un rôle important dans le développement et la diffusion de la culture rifaine , les rifains exilés sont très actifs car, en Europe  en particulier, ils y jouissent de droits et de libertés jamais (re)connus dans leur RIF natal. La diffusion de la langue , tamazight, Tarifit, la littérature, le cinéma, et l’art. L’expression artistique est souvent engagée et au service d’un combat  identitaire et la sensibilisation de la communauté internationale à leur identité. La radio, des médias en général, mais aussi des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, ou encore du sport, jouent  un rôle dans l’affirmation de l’identité rifaine.

Rapport distancié de la diaspora vis-à-vis du RIF

Les rifains de France paraissent  être en  décalage avec leur  pays d’origine le RIF.  Il y a  l’absence de la conscience diasporique  pour canaliser un attachement émotionnel et mettre cette énergie au service d’actions concrètes, d’un puissant réseau d’associations culturelles, et clubs de réflexion, regroupements socioprofessionnels des décideurs et cadres d’étudiants, de jeunes diplômés  qui pourraient  jouer un rôle dans  l’unification de leur diversité, leurs compétences et surtout leur envie de « faire quelque chose » pour  le RIF.  Par ailleurs, à l’ère de l’information  et à bien analyser les TIC (Technologies d’information et de communication), à observer les pratiques internet dans les forums  et les réseaux sociaux où les sujets se disant être rifains, on  est vite  atteint par un sentiment de frustration. Les sujets de discussion laissent  à désirer : le mariage, les choses  du quotidien, la bouffe, le folklore local, la dévotion, la moralisation, le prêche, la religion, les  voitures, le mariage (Agence  matrimoniale )  l’arabisation et l’abêtissement des valeurs et les principes, la Palestine, du pur  folklore en définitive, cela  ne veut  absolument  pas dire que l’art, et la tradition n’aient pas  une importance incontestable dans la culture d’une société, mais que la proximité soit tissée  uniquement  autour de ces aspects  revient à réduire le RIF  à une dimension monolithique, d’où la  nécessité d’une remise en cause, d’articuler plusieurs facettes qui fondent la société  rifaine.

Cette diaspora semble  être  à  la périphérie des vrais enjeux sociétaux au cœur dans les débats dans le RIF, ils semblent avoir une attitude de repli, de  distanciation, la nature de liens qui les lient  à leur pays  d’origine  le prouvent.

Une diaspora qualifiée mais moins organisée

Les rifains sont entreprenants et disposent d’un potentiel qui les qualifie à jouer un rôle clé dans le développement de l’économie de leur pays d’origine. Ils disposent d’un niveau d’éducation soutenu, bien qualifiés, présents dans tous les secteurs et mieux connectés avec leur pays d’origine, en raison des facilités de transport et des nouveaux outils de communication.

Les rifains disposent de ressources importantes, en terme financier, le transfert de fond dans le  RIF qu’en termes de capital humain, ils sont diplômés du supérieur, porteurs de projets susceptibles de développer l’emploi et les infrastructures, notamment au niveau local.

La contribution des rifains, au développement économique et social de leur pays d’origine, dépend toutefois de nombreux facteurs, tels que l’ampleur des effectifs, le degré  d’organisation  ainsi que du soutien dont bénéficient ces communautés expatriées.

Les attentes des migrants rifains par rapport aux liens qu’ils entretiennent avec leur pays d’origine ont changé, ainsi que leur façon d’envisager et de concrétiser leur engagement vis-à-vis de leur communauté d’origine.

Le développement n’a jamais été aussi présent dans l’agenda politique et témoignent du regain d’intérêt suscité par cette question

Comment alors valoriser le potentiel de la diaspora rifaine en faveur du développement ?

La prise de conscience de l’appartenance des rifains à leur groupe diasporique rifain tarde à se mettre en place, cela concerne majoritairement  la deuxième génération, nés sur le sol français. Les rifains demeurent certes continuellement imprégnés par la culture de leur pays d’origine cependant la question qui s’impose : Pourquoi cette diaspora ne tire pas  profit  de l’ère de l’information pour s’organiser et  tisser pour de vrai un  lien qui soit  solide et bénéfique  avec leur  pays d’origine  le RIF ? Quelles sont les répercussions de cette diaspora sur le RIF ? Comment les mobiliser en faveur du développement dans le RIF ? Où peut se faire l’articulation entre la communauté diasporique rifaine avec le RIF ?

Nous pensons que l’organisation de la diaspora reste la colonne vertébrale de tout  projet de développement. Cette  diaspora est amenée à jouer des rôles politiques, informationnels et économiques  pour entraîner de profonds bouleversements dans les organisations traditionnelles.

La communauté diasporique rifaine, celle de la 3ème génération se  retrouve bouleversée  car ses préoccupations  ne sont pas les mêmes que  celle de la première, leur  regard est extérieur. Seule une infime partie semble s’intéresser aux évolutions majeures sous l’impulsion des grandes mutations socio-économiques et géopolitiques  qui ont lieu dans le  RIF, il est peu sensible,  cela  dit  il se sent toujours très liée à sa famille, au pays.

Pistes de réflexion

Le grand mouvement d’idées suscité par  la  dynamique nouvelle génération dans les milieux intellectuels et militants rifains, et promotrice d’une véritable émancipation de leur  RIF natal et réveillée à l’intérêt  pour l’avenir  de leur région,  déterminée à changer le cours de choses,  et manifestant un engouement croissant , Il  convient de dire que  la  diaspora  rifaine  doit   avoir un rôle à jouer , avoir un engagement ferme dans le développement  du RIF, que ce mouvement doit prendre part à la création de cette réalité sociale. Dans cette  perspective il convient de relever que l’initiative privée est  le mode d’action qui réussit dans la plupart des cas car il a un impact à l’échelle économique et financière qui constitue le deuxième levier d’action de la diaspora.

L’initiative privée : création d’entreprises, l’envoi régulier des fonds vers le RIF au titre de la solidarité familiale et d’autres formes de solidarité telles que le financement de structures scolaires ou médicales

Pour mobiliser et valoriser les compétences des migrants et de la diaspora rifaine tant d’un point de vue économique, financier que social  il y a  lieu de dégager des pistes de réflexion :

  1. Donner l’impulsion à une mobilisation avec notamment une jeunesse  à l’esprit nouveau. On assiste aujourd’hui à la multiplication des associations professionnelles, culturelles…
  2. Une organisation économique constituée de petites entreprises commerciales ou artisanales. Mettre en place un Forum sur la migration rifaine et le développement dans le RIF, établir  un dialogue de haut niveau et mettre en réseau des acteurs de la société civile rifaine.
  3. Remobiliser tous les cadres pour qu’ils rentrent au bercail, pour une meilleure valorisation des flux financiers. La diaspora est une entité participante au développement, et  elle est  censée assurer la prospérité économique du RIF. La diaspora rifaine pourrait faire bouger les choses  en réfléchissant, en communiquant, en se fédérant, dans le but d’impulser et d’accompagner le développement local dans les régions d’origines Les RIFAINS   sont particulièrement dynamiques, et pourraient contribuer à promouvoir l’image d’un « autre RIF » : un RIF mobilisé qui s’organise, un RIF déterminé à prendre son destin en main et à développer un modèle économique viable, un pays riche d’Hommes et de Cultures, une terre d’opportunités ignorées, peu ou pas explorées à ce jour.
  4. La mise en œuvre de projets locaux de développement durables dans le domaine de l’éducation ; La santé : Le social ; L’agriculture et l’élevage ; Le désenclavement des villages ; L’immobilier
  5. Travailler à l’instauration d’un climat de confiance accrue entre la diaspora, et les opérteurs économiques rifains locaux.

Conclusion

La diaspora rifaine en France  est une une réalité sociologique, et possède,  indéniablement un potentiel énorme : politique, économique et culturel dont il faut exploiter les compétence et savoir-faire. Dans un monde globalisé, le défi est de taille, celui de tirer profit de ce mouvement de population et de la condition diasporique rifaine en France afin de construire un nouveau paradigme qui lui sied en tant que peuple, résister ou disparaître. L’implication de ses membres,  bien qu’insuffisante,  elle est appelé  s’accroitre à l’avenir.  Pour atteindre un tel objectif, il faut un cadre adéquat à cela, une organisation, une confiance mutuelle, un esprit fédérateur, de rapprochement horizontal entre rifains et vertical, notamment avec les pouvoirs  public dans le pays d’accueil en  France.

Les  rifains ont un sens aigu de l’Histoire, et  une  conscience combative, qui a irrigué leur identité collective, ils sont soudés par l’expérience du malheur, de leur « déportation » et leur exil forcé. Leur histoire longue et tourmentée, ainsi les forces ennemies et leurs oppresseurs ont forgé leur sensibilité au  monde, et ont modelé leur imaginaire collectif et la vision du monde qui en découle. La diaspora rifaine possède une capacité à faire naître une communauté unie par la mémoire collective et  soutenir les luttes des leurs dans le RIF et ce, à tous les niveaux ainsi que d’être l’ambassadrice de sa propre identité et culture.  

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