Il est connu que les médias en général participent d’une stratégie de manipulation de la foule, dans ce sens la télévision est la plus grande arme de manipulation massive, le cas de 2M qui m’intéresse ici présente un cas tout à fait particulier.

LES FAITS

La scène se passe le week-end dernier à Paris, le samedi 02 décembre 2016, je me rends à un rassemblement public sur place de la République pour exiger la libération de 160 détenus politiques mozabites dont Kameleddine Fekhar leader du Mouvement pour l’Autonomie du Mzab (MAM). Ce rassemblement a vu la présence inopportune d’un journaliste marocain de la chaîne 2M venu couvrir cet événement dont le théâtre des opérations, rappelons-le, est situé en Algérie (Adversaire stratégique de toujours), et prenant fait et cause, comme par enchantement, pour les droits humains qu’elle censure par ailleurs ! Les sains d’esprit se sont demandé à juste titre, dans ces circonstances, que fait un journaliste d’une chaîne officielle marocaine dans un rassemblement pareil ? Bref, qu’il soit de sa propre initiative ou sur invitation des forces présentant des intérêts communs, ce regain d’intérêt soudain pour la question des droits humains et de la cause mozabite est pour le moins un cas intéressent et a suscité moult interrogations ! Comme je suis de près l’actualité géopolitique nord-africaine, j’ai vite « flairé » l’enjeu de la présence de 2M qui fut en soi un élément de cette propagande marocaine contre son adversaire algérien, qui entendait « utiliser » les voix des dissidents et des mouvements politiques amazighs contre le pouvoir algérien pour mieux le fustiger, l’accabler et lui régler ses comptes politiques de basse volée et notamment au chapitre des droits humains (détention arbitraire, oppression des amazighs, non-respect du droit international…) en s’en préoccupant davantage.

Sollicité pour une interview pour dire un mot sur ce rassemblement dont je me sens solidaire, j’ai accepté volontiers et en toute conscience, pourvu que le message se répande quitte à le faire passer via des médias douteux. Le journaliste a débuté l’interview par me poser la question sur mon identité, je me suis présenté comme suit : « Rachid Oufkir et je suis rifain » ! Ce que je suis en vrai. Fini l’interview, que j’ai donné en français et en Tarifit, ma langue maternelle, je suis parti rejoindre le public à l’écoute des divers intervenants à la tribune. Le journaliste et le cadreur, de leurs côtés, ont poursuivi leur reportage, ce dernier maniait la caméra, sous les recommandations du journaliste qui faisait office de réalisateur : choix minutieux des plans, repérage des angles de prise de vues, mettant en valeur les slogans écrits, les revendications etc.… assurant ainsi la composition des plans pour que ce soit plus percutant, il faut le dire l’enjeu est de taille !

Inscrit pour prendre la parole, je suis intervenu pour apporter ma solidarité habituelle et naturelle avec les détenus mozabites et je n’y ai pas manqué de faire le lien avec le combat du peuple rifain dont le soulèvement populaire récent à Al Hoceima et partout ailleurs dans le RIF, une tragédie qui a suscité par ailleurs une vive émotion et une solidarité fraternelle internationale, suite au meurtre le 30 octobre 2016 de FIKRI MOHCINE, un rifain trentenaire, poissonnier de profession, broyé dans un camion à ordures sur le désormais célèbre ordre d’un officier marocain qui a prononcé : «  T’hen din mmo طحن دين مو» qu’on pourrait traduire en français par « Broie sa race ! » ! Naturellement j’ai mis en relief la responsabilité du pouvoir marocain dont cette tragédie et celles passées dans le RIF ne sont que des épisodes d’un paradigme que ce régime criminel est en train d’accomplir dans le RIF (Le meurtre d’un peuple à tous les niveaux : identitaire, historique, économique et politique). Le journaliste était là, attentif à l’écoute des intervenants, probablement agacé par la nature de mon intervention, il ne s’attendait pas à ce que le pouvoir marocain soit « évoqué » et dénoncé négativement et publiquement dans ce rassemblement parisien, lui qui est venu assister à une scène où l’Algérie officielle était censée être traînée exclusivement dans la boue ! Tel est pris qui croyait prendre !

Journaliste du 2M auteur du fameux reportage
Journaliste du 2M auteur du fameux reportage

C’est une aubaine pour le journaliste inspiré par un trait d’esprit qui l’aurait amené à ce rassemblement à savoir la manigance et la ruse, il a voulu faire d’une pierre deux coups : Gommer toute trace de rifanité pour des raisons évidentes de jacobinisme primaire qu’on connaît à la ligne éditoriale propre à sa chaîne d’une part, et d’autre part focaliser l’attention de ses téléspectateurs, notamment marocains, et indirectement le public algérien ( 2M est la chaîne la plus regardée en Afrique du Nord avec 11 % de l’audience) ce qui a pour effet de les prendre à témoin : Voila c’est un « algérien “ qui se rebelle contre « son » propre gouvernement ! pour mieux alimenter un peu plus leur exaspération en les inondant, et les submergeant par un flot d’informations erronées.  Dans la perspective marocaine il est évident que ce reportage appuie la thèse du Maroc officiel dans les médias marocains et constitue un élément d’une guerre psychologique pour influencer une population en territoire ennemi.

Dimanche au soir, on me contacte pour me prévenir du reportage de 2M et là c’était la stupeur et le choc, car je me retrouve à mon insu avec une nouvelle identité insoupçonnée : « français d’origine algérienne » ! Dans la réalité je ne suis ni l’un ni l’autre !

Loin d’être une banale erreur technique ou encore moins un oubli… cette attitude fut tout au contraire voulue et entendait véhiculer un sens, et semer un message que je vais interroger ci-après où je souhaite introduire le lecteur tant à la problématique que je soulève ici qu’à la compréhension de la raison journalistique de ce média.

LA RAISON JOURNALISTIQUE DE 2M

La chaîne de télévision marocaine 2M est l’une des principales sources d’information et un média dominant au Maroc ( Créée le 4 mars 1989, 2M est aujourd’hui la chaîne la plus regardée avec 34,3 % de l’audience au Maroc) elle sert principalement de puissants intérêts, et notamment ceux de son propriétaire l’Etat marocain (Depuis 1996, 2M appartient à l’État marocain qui possède 68 % du capital) autant sur la politique interne que sur ses intérêts diplomatiques, d’autant plus qu’en ce moment le Maroc et l’Algérie se livrent à une bataille diplomatique acharnée, une sorte de guerre froide, ayant pour centre de gravité le Sahara Occidental et ce à la veille de l’examen de la demande déposée par le Maroc en vue de réintégrer/intégrer l’Union Africaine qui statuera sur sa recevabilité ou non ( Vote à la majorité des deux tiers). 2M, en médias dévoué, a été réquisitionnée pour apporter de l’eau à son moulin.

 UN ANTI RIFANISME DEVOILE AU GRAND JOUR

Ma présentation sous ce format présente plusieurs considérations et illustre d’une part un filtre patriotique et jacobin qui confine parfois au racisme ainsi que le ressenti anti rifain dans ce pays, et d’autre part une ficelle politique grossière qui est regardée et vécue comme une agression contre le peuple rifain via ma personne et mon identité.

Pour ce qui est du RIF les médias marocains dont 2M en tant que sources d’informations intermédiaires nourrissent constamment une animosité vive et considérable envers toutes les problématiques profondes connexes au RIF, son histoire, qui marche malgré tout, et son identité dont le sens va en s’accentuant, ils se permettent ainsi de construire leur propre réalité et former le regard de leurs téléspectateurs sur le RIF de la manière qui leur sied.

Au-delà du fait que 2M rapporte un mensonge grossier, patent, qu’il pervertit les faits et qu’il n’est en définitive qu’un outil obéissant de la puissance publique marocaine, qui tire naturellement les ficelles dans les coulisses, il révèle en soi le « nerf sensible » que constitue le RIF et remet au jour un cette permanente cabale du pouvoir visant le RIF.

2M est une source d’hostilité envers tout groupe, mouvement originaire du RIF qui tient à bousculer l’ordre établi, ainsi les revendications et rassemblements à caractère politique sont constamment diffusées en utilisant un angle des plus négatifs ou, tout simplement reléguées aux oubliettes. Il suffit de remonter un mois en arrière dans la chronologie, les rifains garderont toujours en mémoire que dans la foulée de leur soulèvement, qui mérite normalement toute l’énergie des médias qui se respectent, suite au meurtre de Mohcine FIKRI, ainsi au lieu de dépêcher ses collaborateurs fiables dans le RIF afin de rapporter au plus grand nombre ce qui s’y fait, s’y vit, s’y raconte, 2M a préféré braquer ses projecteurs, tenez-vous bien…sur une éleveuse de lapins, présentant ainsi une actualité fort biaisée allant dans le sens des directives du pouvoir en place !

« FRANÇAIS D’ORIGINE ALGERIENNE » UNE STRATEGIE DE LA DIVAGATION

Cette usurpation d’identité dont je suis victime illustre une vision du monde qui fait partie de la doctrine classique de Rabat pour ce qui est du RIF. Par le premier élément de cette nouvelle identité donnée à savoir « algérien »  le journaliste tend à orienter l’attention du public et jeter la suspicion sur ma personne, à brouiller cette image construite autour du « rifain » : Il est « Autre », une menace à l’intégrité territoriale, séparatiste, ce sentiment a été conforté par ce que j’ai pu sentir au travers différentes réactions négatives de certains qui se définissent dans l’aire de la « marocanité » via leur rapport à l’autre, leurs représentations, les sous-entendus et les allusions qui l’accompagnent : qu’on le veuille ou non la figure de « l’algérien », le temps passant, dans l’esprit de beaucoup est devenu cet éternel autre, extérieur à un « soi », cet adversaire malveillant de toujours, prenant l’allure d’un « caractère national ». Cette conceptualisation de l’autre est née de la résurgence de l’Etat-nation, et subsiste dans l’imaginaire collectif, alimenté et forgé depuis des décennies à coups de rivalités radicales, de conflits, de guerres, et de remous dans les relations bilatérales où le sentiment national est constamment exalté et mobilisé pour les intérêts nationaux, toutes des références fondamentales ancrées dans le passé. La réciproque étant vrai aussi.

En outre, cette usurpation d’identité tend à rendre périphérique, voire accessoire l’identité et toute revendication rifaine à caractère politique, et empêcher ainsi le public de s’y intéresser, tout en gardant leur attention distraite, loin de ses véritables problèmes sociaux et politiques.

On peut comprendre la partialité dans la ligne éditoriale d’un média officiel dont le contenu se veut par défaut le reflet de la pensée de son propriétaire, tel que me présenter par exemple en tant que « marocain », mais de là à m’habiller en « Français d’origine algérienne » que je ne suis pas et que je n’ai jamais revendiqué, c’est surréaliste, et inacceptable. Se permettre de substituer impunément l’identité d’une personne interviewée, lui donner une identité « autre » et l’instrumentaliser, à tel point, à des fins bassement politiciennes, c’est à la fois une manifestation inédite et criminelle, constitue une tactique originale et sort du cadre classique de manipulation d’information dans la pratique journalistique, et 2M en le cas d’espèce monte ainsi d’un cran dans l’échelle de la stratégie de la diversion !

Je tiens à réitérer à toute fin utile, que mon identité demeure inébranlable, Rachid OUFKIR et rifain et je m’affirme comme tel. En voulant écorner mon identité, 2M n’a fait que se couvrir de ridicule et se décrédibiliser aux yeux du public, elle se retrouve ainsi perdante et dévoile un peu plus sa ligne éditoriale qui n’est plus un secret pour personne.

Les rifains, Marocains et les nordafricains sensés ont depuis très longtemps sanctionné et déserté cette chaîne vis-à-vis de laquelle ils sont devenus très méfiants et sceptiques pour lui préférer des chaines plus attrayantes et plus crédibles où ils s’informent et se font leur propre opinion lorsqu’ils veulent approfondir un sujet d’actualité, c’en est le cas pour ce qui est d’internet en général et les réseaux sociaux.

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